Lorsqu'il est question de science et de progrès
Dec 29, 2008
Craig Lord

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Le débat est maintenant clos. Les combinaisons qui améliorent, et non maximisent, la performance n'ont pas leur place dans les bassins alors que le protocole d'homologation a besoin d'une refonte complète afin d'entrer dans le 21e siècle avec un cadre professionnel taillé pour un grand sport d'envergure mondiale. Certains désirent encore nier que les combinaisons les aident. Ceci se comprend chez les nageurs qui travaillent très dur et ont le sentiment que leurs efforts en sont diminués. Ces derniers sont amoindris non pas par les informations et les points de vue diffusés sur ce sujet mais par les combinaisons elles-mêmes qui atténuent sensiblement l'impact et la valeur des records, des meilleurs temps, des mesures de la vitesse et des progrès. Ces entraîneurs qui se cramponnent encore à leur étai ne peuvent pas être facilement pardonnés. Ils sont dans le déni et refusent de voir l'évidence qui crève les yeux: les combinaisons fonctionnent différemment chez chacun et elles ont modifié l'essence du sport. Grande nouvelle pour ceux qui ne sont pas très bons dans leur métier. Mauvaise nouvelle pour tous ceux qui comptent sur le talent naturel, sur le travail dur et intelligent avec les entraîneurs.

Avec tout cela, voici, pour aller avec notre revue de l'année 2008, mon souhait pour 2009:

Bannir la menace d'une combinaison dopante. Il y en a encore qui pensent qu'une telle chose appartient au royaume de la science fiction. Les matériaux qui peuvent interagir avec le corps sont déjà des faits scientifiques et non pas du virtuel. Des douzaines de brevets existent maintenant pour des produits conçus pour un usage médical et thérapeutique qui cite spécifiquement « les combinaisons de compétition pour la natation » comme application pour la technologie déposée. Ceci signifie, assez simplement et sans détour, que les fabricants de combinaisons pourraient bientôt distribuer gratuitement des combinaisons aux nageurs en sachant que ces équipements « parleront » aux systèmes nerveux centraux de ces derniers. Tout le monde est content ainsi? Il serait impossible pour la FINA de mesurer et de contrôler cette interaction comme pour le dopage, impossible alors d'écrire une quelconque règle. Tout le monde est content ainsi?

La citation qui suit émane d'un scientifique impliqué dans la mise au point des technologies qui pourraient déboucher sur la première combinaison dopante: « Une grande opportunité a été ouverte pour la mise sur pied d'une toute nouvelle industrie dans la voie que la FINA a dégagée pour la technologie des combinaisons. Il y a beaucoup d'argent sur la table, ce n'est qu'une question de temps avant que le sport n'ait complètement et durablement changé pour une discipline totalement différente. La natation est unique...Elle repose sur l'interaction directe entre le système nerveux humain et son environnement. Tout cela peut être atteint par l'action directe de textiles et matériaux conventionnels qui sont facilement trouvables dans l'industrie et qui sont déjà utilisés dans les combinaisons homologuées par la FINA. Il serait impossible d'établir les limitations dans la conception de ces équipements avec un règlement qui viserait à empêcher une combinaison de stimuler le système nerveux. »

La FINA, la LEN, les différentes fédérations, les entraîneurs, les nageurs, les parents et les officiels peuvent ne pas croire ce qui est écrit ci-dessus mais à leur risque et péril. Un sport qui n'a toujours pas su apporter de réponse au programme d'état 14:25 des années 70 et 80, qui a officiellement nié les pratiques de dopage systématiques de l'époque – et qui a continué ainsi alors que des documents de la Stasi pleuvaient comme les larmes des victimes des deux côtés du mur tombé – ne peut pas se permettre de commettre la même erreur une fois de plus. La présence persistante du nom du Docteur Lothe Kipke sur la liste des personnes distinguées par la Fina est un monument de honte hérité du passé (mais toujours bien présent pour, par exemple, Shirley Babashoff d'un côté ou bien Rica Reinisch et ses problèmes de santé de l’autre évidemment).

Ne laissons pas la place pour un monument de la honte cette fois-ci. Nous savons tous ce qu'est le problème, nous savons tous où cela mène la natation, nous savons tous que cela doit être évité à tout prix. Des armées de nageurs ont vu leurs carrières ruinées par ce qui s'est passé cette année. Célébrons Pékin et plus encore par tous les moyens – mais reconnaissons les zones d'ombre où elles existent. Les questions listées par les entraîneurs à Rijeka sont primordiales. Elles ne nécessitent pas seulement discussion. Elles demandent des réponses et voici quelques éléments pour alimenter les pensées:

1. L'agenda est important pour sauver Rome des jeux du cirque

S'il venait à l'esprit du sport de se débarrasser de tout ou partie de la technologie qui a émergé depuis février 2008 en public et depuis l'été 2007 sur la liste des produits approuvés par la Fina, la solution de long terme réside dans un nouveau cadre pour toutes les questions relatives aux combinaisons et aux règles qui doivent être adoptées en congrès à Rome, avec une entrée en vigueur 60 jours après. Mais qu'en est t-il de Rome? Comment éviter le cirque? Comment éviter la distorsion de Rijeka? La réponse repose dans des arrêtés. Le bureau de la Fina se réunit en mars et il n'y a rien d'autre à part la volonté qui pourrait empêcher l'adoption d'un arrêté afin d'encadrer les épreuves de Rome sans affecter les statuts d'homologation en vigueur pour le cycle de quatre ans qui s'achèvera l'été prochain (hémisphère nord s'entend).J'ai vérifié auprès d'une source juridique confirmée que rien n'empêche la Fina de décider « qu'aucune combinaison homologuée après mars 2007 ne doit être revêtue aux Championnats du monde de Rome 2009 dans l'attente des résultats du compte rendu d'investigations scientifiques sur la technologie mise en œuvre dans les combinaisons et une refonte du protocole d'homologation qui est d'une importance critique pour la direction future prise par le sport. » Si un équipementier était assez fou pour porter l'affaire en justice, un tel déplacement du débat aurait un grand risque d'échec devant le Tribunal Arbitral du Sport.

À première vue, les fabricants de combinaisons qui ont engagé de l'argent en réponse à la LZR, sans parler de Speedo, avec son investissement dans la LZR, vont rechigner devant ce qui précède. Mais tous les acteurs majeurs du sport ont les combinaisons de Melbourne 2007 qui sortent toujours de leurs lignes de production. Et personne n'a eu de problèmes à Melbourne 2007 avec les combinaisons. En y regardant de plus près, le noyau dur des fabricants doit prendre conscience qu'un cadre adéquat pour le futur va prendre plusieurs mois pour être établi – et mérite que lui soit accordé le temps nécessaire pour prendre en compte les rapports scientifiques. Cependant, Rome ne doit pas souffrir de la même plaie que Rijeka, où porter 2 voire 3 combinaisons était l'usage et où ce qui ressemblait à des combinaisons était distribué par charretée par une société en embuscade pour une mission marketing qui a plus contribué à détruire des relations basées sur un soutien commercial, financier, sur la confiance à long terme, sur la foi et sur l'investissement dans la natation. Rome 2009 n'a pas besoin de rappeler Rome 1994. À la place, cela peut être comme Perth 1991: un grand bol d'air frais après plusieurs saisons de mauvaises nouvelles – un endroit où la natation authentique et la réussite de l'entraînement peuvent être célébrées. Un moratoire sur tout ce qui a été mis sur le marché après février 2008 pour Rome 2009 soulagerait la natation et donnerait à ceux qui dirigent le sport du temps pour envisager sereinement le coup d'après.

2. Ce positionnement futur devrait se nourrir des menus de Noël et du Nouvel An suivants:

– Un unique règlement pour les combinaisons Bannir toute combinaison composée de néoprène, de plastiques ou de matériaux qui ne peuvent pas être qualifiés de tissus au sens traditionnel du terme La fabrication des combinaisons doit être homogène (pas d'utilisation de 2 ou 3 pièces différentes par équipement) Le recouvrement du corps ne doit plus être intégral Obligation pour les équipementiers de signer une déclaration légale d'engagement de conformité avec un nouveau code visant à revenir dans un monde où l'innovation et la conception en matière de combinaisons ont pour objectif de maximiser la performance et non pas de l'améliorer Vérification des combinaisons: à l'issue des courses – obligatoire pour tous les médaillés; des contrôles inopinés pour tous les athlètes; pouvoir étant donné aux personnes mandatées de demander à ce qu'une combinaison leur soit remise pour être étudiée par un laboratoire indépendant afin de vérifier sa conformité (et s'il vous plaît, ne me dites pas que c'est trop intrusif dans un sport où un inconnu peut frapper à votre porte à 4 heure du matin et dire « urinez dans ce flacon et faites-le devant moi »).

L'argument de certains que le gain financier s'évanouirait pour le sport dans un monde sans combinaisons permettant d'aller vite est une farce. Speedo a distribué 3000 combinaisons à Pékin – gratuitement. Speedo se vante de ventes confortables de sa LZR. Mais assurément pas au grand public. Ce n'est pas un maillot à porter à la piscine du coin lors de votre sortie familiale hebdomadaire dominicale avec les enfants; ce n'est pas le maillot à porter sur la plage (speedo, Arena, Adidas etc. commercialisent tous d'excellents et plus appropriés équipements pour ce marché); ces combinaisons sont destinées à l'élite de la natation et si à cette élite vous êtes contraints de distribuer gratuitement des combinaisons afin de respecter le règlement qui stipule que « toutes les combinaisons doivent être accessibles pour tous », d'où vient le profit qui n'était pas déjà là avant l'arrivée de la LZR? Cela vient-il uniquement du prix élevé en magasin pour un produit à courte durée de vie? Où sont les fonds venant alimenter les coffres de la FINA et les primes des compétiteurs? Les prix gonflés pourraient être la réponse. Les classements des juniors n'en sont plus la réponse – les combinaisons sont maintenant interdites dans de nombreuses régions du monde pour les nageurs âgés de 18, 15, 14, 12 ans etc. Selon où l'on regarde.

Un moment intéressant sera les jeux du Commonwealth de la jeunesse, par exemple, et les règlements des différentes nations seront à l'avantage de certains et au désavantage d'autres – sauf si l'instance dirigeante du Commonwealth crée sa propre directive au lieu de suivre celle de la FINA. Cette direction n'est ni saine ni heureuse. Le sport universitaire est également confronté à cette question. Speedo peut-il vraiment se permettre d'offrir 60% de réduction aux équipes universitaires aux États-Unis afin de maintenir sa combinaison dans la course? Élargiront-ils alors leur offre aux nageurs pauvres des pays développés (la question des pays en voie de développement n'est pas pertinente car ce sont plutôt les éléments les plus à l'aise financièrement de ces pays qui se battent pour les premières places dans les bassins – ceci n'est pas dit pour provoquer – ce sont les faits).

Avec tout cela, l'innovation et la conception des combinaisons ne doivent pas être perdues de vue.

Et notamment les nouveaux acteurs. Les similis combinaisons arrivées sur le tard comme un cheveu sur la soupe et qui couvrent toutes les parties des bras, des jambes, du torse et des jambes. Ceci doit être stoppé. Ceux qui continuent à regarder d'autres sports et à se demander pourquoi la natation devrait contenir le raz de marée technologique alors que d'autres n'ont pas eu besoin de s'interroger plus que cela sur la compréhension de l'essence de leur sport. La natation est rare, presque unique. La raquette de tennis, le club de golf, le moteur, le becquet sur les voitures, la crosse, la chaussure conventionnelle et autres ont tous une chose en commun: ils sont extérieurs au corps humain. Ils peuvent bien sûr être manipulés pour interagir avec lui de différentes façons.

La tricherie a trouvé un moyen de changer la donne indirectement, des technologies de retour d'énergie peuvent être incorporées dans des chaussures etc…Les combinaisons modernes de natation affectent déjà la position naturelle du corps humains dans l'eau, réduisent déjà la traînée, « améliorent » la peau humaine en offrant une efficacité plus proche de la peau des dauphins et autres animaux marins. En 2008, nous avons vu ces aspects franchir un important, tangible et mesurable bond en avant. Certains scientifiques sont convaincus que la LZR de Speedo pourrait d'ores et déjà, si ce n'est par sa conception mais par défaut, aller au-delà de ce que son étiquette nous indique en terme de réponse du corps humain. La prochaine génération de combinaisons en sera presque à coup sûr capable. La présente génération de simili combinaisons qui utilise du néoprène et des matériaux destinés à aider la flottaison, apporte la fraîcheur pour aller un peu plus loin. Elles n'ont pas leur place dans un bassin. Si ce n'est pas le cas, je suis alors le roi de la diplomatie et le principal avocat du double langage officiel.

Une combinaison en particulier, sans personne dedans, a besoin d'un poids de plus de 2kg avant de quitter la surface pour le fond du bassin. Les experts estiment qu'à 90kg, un nageur ne bénéficie en principe pas de ce niveau de flottaison. La majorité des nageurs de classe mondiale ont un poids bien inférieur à cela.

J'ai des amis qui travaillent à la City à Londres et dans le milieu universitaire économique. Les arguments de viabilité financière pour une organisation à but non lucratif comme la FINA ne tiennent pas la route. Les revenus de la télévision, des droits de diffusion et des villes organisatrices des championnats du monde et autres événements couvrent les besoins de la FINA. Les équipementiers contribuent aussi. Rome ou la RAI feraient-elles volte face et déclareraient-elles que « tout est fini » si la FINA leur annonçait demain que les combinaisons sont interdites et qu'il faudrait attendre un moment avant que les records du monde ne tombent comme cela a été le cas cette année? Je ne peux pas croire que la réponse serait autre chose que: « absolument pas – il y a bien plus que ces records du monde ».

Prenez Atlanta 1996: trois marques mondiales tombèrent lors des finales olympiques dans le bassin du Georgia Tech. Au-delà des victoires aberrantes d'une certaine irlandaise, la compétition fut fantastique pleine de frissons et de surprises. J'y étais lorsque Popov a réalisé son double doublé sur le fil avec Hall, où Loader a illuminé le bassin avec un doublé inattendu, où Perkins a reculé, où Pankratov s'est envolé vers ses deux victoires. Deburghgraeve nous a offert une victoire pour la Belgique, Czene, Slevinen, Dolan et Namesnik se sont livré bataille, Egerszegi a rejoint Fraser dans le club exclusif des triples champions, Penny Heyns a inspiré une nation en pleine renaissance, Susie O'Neill a émergé comme une fille parée d'or taillée pour faire la une toutes disciplines olympiques confondues. Si quelqu'un dans le monde de la natation pense que ces temps passés ont été ennuyeux et ont manqué d'excitation, je suis là pour leur dire qu'ils ne connaissent pas l'essence de leur art.

Ceux qui vous diront que la natation a besoin d'un flux continu de records du monde sont les mêmes qui citent le tennis et le golf comme des exemples à suivre. Il n'y a pas de records de temps ni en tennis ni en golf (si ce n'est la vitesse et la portée de la balle) qui régissent ces disciplines. Ces sports résident dans des duels dignes de gladiateurs. Il est question de victoire le jour dit. La natation donne son meilleur lorsque les meilleurs s'alignent ensemble et se livrent bataille. La finale olympique du 100m exempte de record du monde entre Bernard, Sullivan, Cielo et Lezak a t-elle été ennuyeuse à Pékin? Bien sûr que non. Et cela aurait été tout aussi excitant si tous avaient porté les modèles Speedo, Arena et autres modèles de 2007. Les noms sur les plots de départ auraient peut-être, évidemment, pu être différents – pas à cause des nageurs mais du fait des combinaisons. Il ne devrait pas en être ainsi.

Dans cette bataille pour l'âme du sport, la FINA a pris l'engagement de rattraper en 2009 les erreurs de 2008. Temps doit être donné afin de trouver la bonne voie dans un monde complexe. Un arrêté pour Rome offre un compromis avec lequel beaucoup devraient composer avant que l'avenir plus lointain de la natation ne soit décidé dans une atmosphère de calme, de confiance et de foi dans le processus et les gens qui, en fin de compte, entérineront le vote décisif: la FINA.

Auteur: Craig Lord

Titre original: Questions of Science And Progress