Les dessous de l'affaire Thorpe
Jan 24, 2008
Craig Lord


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Ian Thorpe a été blanchi, une carrière magnifique et une bonne réputation ont toutes deux été sauvées mais les conclusions tirées sur les tests pratiqués hors compétition sur le champion olympique des 200m et 400m nage libre vont encore longtemps faire du bruit. À l'aube d'une année au cours de laquelle nous allons voir si les dispositions prises contre le dopage fonctionnent ou non, si elles valent les millions dépensés, quelles améliorations reste-t-il à faire et quelles alternatives seraient disponibles alors que la bataille pour un sport propre doit être étendue à de nouveaux mondes exploités par les tricheurs, dont celui de la génétique. SwimNews pose une première pierre en revenant sur l'une des plus grandes hontes de 2007.

Lorsque Thorpe a été absout, la tête droite, l'ASADA a donné l'impression d'avoir traîné des pieds sur toute l'affaire.

Richard Ings – qui est devenu le premier président et directeur lorsque l'agence a été officiellement créée le 14 mars 2006, deux mois avant que Thorpe ne fournisse l'échantillon qui s'est avéré problématique – défend sa démarche et répond à certaines des questions qui lui sont soumises. Il révèle que l'échantillon de Thorpe n'était pas "anormal", malgré une annonce contraire faite à Melbourne en mars dernier, il rejette le fait que l'ASADA ait traîné des pieds, il refuse de se prononcer sur l'équité pour tous et tout autour du monde devant les tests antidopage et renvoie vers l'Agence Mondiale Antidopage (WADA) sur les questions de la durée de vie des échantillons.

Ings donne également une réponse énergique à la question relative à la décision de blanchir Thorpe lorsque son innocence est apparue: les experts de l'Australian Sports Drug Medical Advisory Committee (ASDMAC), les laboratoires de Sydney et Montréal accrédités par l'Agence Mondiale Antidopage et l'ANZAC Research Institute à Sydney ont été "unanimes dans leurs conclusions que les éléments disponibles n'indiquaient pas l'utilisation de substances susceptibles d'améliorer les performances de l'athlète."

Certaines des réponses soulèvent des questions sur lesquelles nous nous pencherons dans les semaines et les mois à venir.

Q: Quand avez-vous appris que la FINA voulait porter l'affaire devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) et vous ont-ils donné une justification?

RI: Les affaires concernant l'appel de la FINA de la décision de l'ASADA devant le TAS regardent la FINA. Comme tout cas porté au TAS, les parties impliquées dans n'importe quel appel sont notifiées 2 semaines avant que tout appel ne soit déposé.

Q: Quelle a été la date à laquelle l'identité de l'athlète dans ce cas précis a été portée à ceux qui ont le droit de la connaître?

RI: l'ASADA peut confirmer qu'elle était au courant de l'identité de l'athlète le jour où elle a reçu le rapport initial du laboratoire en juin 2006.

Q: Lorsque vous avez appris la décision de la FINA, où en étiez-vous dans le processus d'étude du caractère anormal de l'échantillon XXX?

RI: L'ASADA était en train d'instruire les résultats de l'échantillon comme le prévoient ses dispositions législatives et le code du WADA. L'appel de la FINA devant le TAS n'a pas eu d'impact sur le processus de gestion de l'ASADA.

Q: Que se passe-t-il lorsqu'une analyse anormale est mise en évidence? Qui décide s'il y a matière à aller plus loin dans les investigations?

RI: L'échantillon en question n'était pas anormal. Sans a priori, la partie qui en a la responsabilité, comme cela est souligné dans le code de la WADA détermine, en accord avec ledit code, si de plus amples investigations doivent être requises.

Q: Qui a pris la décision, dans ce cas précis, qui a fait que l'athlète ne soit pas informé d'un quelconque problème?

RI: l'ASADA et selon sa politique en place à ce moment-là ne prévoyait pas que l'athlète soit informé qu'une enquête était en cours tant qu'il n'était pas déterminé que l'athlète "devait s'expliquer" selon l'échantillon A. Ceci avait pour objectif de garantir que l'athlète n'avait pas vent d'une enquête et ainsi aurait été en mesure de masquer toute tentative de dopage pendant la période qui permet de procéder à des prélèvements complémentaires requis en conformité avec le Code.

Q: Qui tranche au final – cela incombe-t-il à une seule personne ou bien à un comité?

RI: Toute décision de ce type à l'ASADA est prise par le comité des violations des règles antidopage (ADRVC) qui est composé d'un quorum de membres de l'ASADA.

Q: Combien de personnes dans le monde connaissent l'identité de l'athlète lorsqu'un cas comme celui de Thorpe se présente? Où se trouvent ces personnes et pour qui travaillent-elles?

RI: L'ASADA ne peut pas parler au nom d'autres organisations sur ce qu'elles savaient ou bien suspectaient au sujet de l'identité de cet athlète. Au sein de l'ASADA, seules les personnes travaillant sur l'affaire connaissaient l'identité de l'athlète. [Commentaire de SwimNews: ceci laisse penser que la question de qui sait quoi n'est pas contrôlée à un niveau satisfaisant qui permettrait à la chaîne de commandement d'être soumise à une enquête indépendante].

Q: Étant donné que l'athlète ne savait rien de tout cela jusqu'à ce que le journal français l'Équipe ne révèle l'histoire en plein Melbourne 2007, ne serait-il pas juste de supposer que l'ASADA n'instruisait plus l'affaire et n'avait aucune intention d'informer l'athlète d'une anomalie?

RI: L'ADRVC a pris la décision formelle le 28 mars 2007 de prendre contact avec l'athlète afin de trouver auprès de lui des éléments supplémentaires pour aider le travail de l'ASADA. L'Équipe a publié son article trois jours plus tard le 31 mars. Il n'a donc pas eu d'impact sur la progression de ce qui était en cours à l'ASADA.

Q: Il est perçu par beaucoup de monde que l'ASADA avait traîné des pieds dans cette affaire. Y a-t-il là une part de vérité – ou bien étiez-vous convaincus, en vous fondant sur vos propres sources scientifiques, qu'il n'y avait là pas d'instruction à mener?

RI: L'ASADA a déclaré publiquement que l'affaire qui était complexe nécessitait simplement un avis médical et scientifique minutieux avant que toute décision ne soit prise. Le calendrier est entièrement dépendant de la complexité scientifique. Alors que cette affaire a effectivement mis du temps à trouver son épilogue, l'ASADA était absolument déterminée à s'assurer que le résultat de notre enquête ne laisserait aucune place au doute. Il doit être souligné, dans cette histoire, qu'aucune des parties autorisées n'a fait appel de la décision finale de l'ASADA.

Q: Quand avez-vous eu l'ensemble des informations dont vous aviez besoin?

RI: L'ASADA a réuni l'ensemble des informations nécessaires pour se faire une conviction à la suite de la réception d'élément de la part de l'athlète le 16/08/07, La décision finale étant prise le 29/08/07.

Q: À la conférence de presse de Melbourne 2007 [où Ings était présent], vous avez déclaré que l'affaire n'était pas close même si il n'y avait pas de résultat probant. (cette question a été légèrement modifiée afin de faire sens avec la réponse donnée)

RI: L'affaire a été close par l'ASADA le 29/08/07. L'affaire était en cours le 31 mars. De fait, le 28 mars, l'ASADA a décidé d'obtenir auprès de l'athlète des données médicales et scientifiques supplémentaires. Ces dernières n'ont été transmises que les 13/06/07 et 16/08/07.

Q: Lorsque la FINA a demandé à ce que l'affaire progresse, et que Thorpe a été mis en demeure de demander aux médecins et autres experts de fournir des preuves pour démontrer son innocence, quelles, nouvelles données, si toutefois il y en a, ont été mises à jour et qui n'étaient pas à disposition en décembre 2006?

RI: L'athlète a fourni des informations à l'ASADA pour faciliter le processus mené par l'ASADA comme établi dans le Code de la WADA et ceci n'est pas le résultat de l'intervention de la FINA. L'ASADA n'a pas à divulguer la nature de données médicales personnelles apportées par l'athlète.

Q: Nous connaissons tous en quoi consistent les analyses anormales – mais quel(s) a (ont) été le (les) facteur(s) décisif(s) – pour vous et pour la FINA – pour déclarer que Ian Thorpe n'avait pas à faire l'objet d'une instruction? Et les mêmes facteurs ont ils été en jeu dans votre décision et dans celle de la FINA?

RI: L'ASADA ne peut pas parler de l'analyse qu'a faite la FINA de cette affaire. L'examen d'ensemble et détaillé de l'ASADA incluait l'étude de l'historique récent des contrôles réalisés sur l'athlète et les éléments médicaux fournis en conformité avec le code de la WADA. L'ASADA a été cherché l'opinion d'experts médicaux et scientifiques de l'ASDMAC, des laboratoires accrédités par la WADA à Sydney et à Montréal et de l'ANZAC de Sydney. Les spécialistes de ces organisations respectées sur la scène internationale ont été unanimes dans leur opinion que les preuves disponibles n'indiquaient pas la prise par l'athlète de substances destinées à améliorer la performance.

Q: Un désaccord s'est-il manifesté chez les scientifiques lorsqu'il s'est agi d'interpréter les résultats dans cette affaire? Et dans ce cas, combien de fois cela s'est-il produit?

RI: Les experts internationaux consultés par l'ASADA, une fois en possession de tous les éléments pertinents dans cette histoire, ont été unanimes sur le fait qu'il n'y avait aucune preuve de dopage dans cet échantillon.

Q: Le temps s'écoulant, aurait-il été problématique, si besoin, de tirer une information fiable de l'échantillon B? La dégradation du prélèvement est-elle un problème?

RI: L'échantillon B ne peut être étudié, selon le code de la WADA, qu'une fois que l'échantillon A, complètement analysé, a montré qu'il y a matière à "conduire une instruction". La WADA est la mieux à même de répondre aux questions sur l'impact du temps sur les échantillons B.

Q: Des affaires similaires à celle de Ian ont trouvé un épilogue dans les deux mois (85% des cas étant déclarés positifs et 15% blanchis). Pensez-vous que les décisions prises alors sont "fiables" étant donné ce qui a été découvert dans le cas Thorpe?

RI: Vous êtes mal informé. L'année dernière, les laboratoires de la WADA ont rapporté plus de 1 100 ratios T/E élevés similaires à notre affaire. Moins de 2% ont ensuite été confirmés comme étant des violations des règles antidopage. Un taux élevé du ratio T/E est extrêmement fréquent. [Note de SwimNews: La question n'était peut-être pas claire ou bien a-t-elle été mal comprise – Pour la natation, l'information est correcte si l'on inclut les résultats des tests de la FINA hors compétitions pour lesquels une instruction a été demandée pour un athlète].

Q: Il y a eu des insinuations dans cette affaire que, pour une raison ou une autre, quelqu'un quelque part a voulu éviter que ne soit porté atteinte à la réputation de Ian Thorpe. Avez-vous le sentiment au final que l'ASADA a agi en totale impartialité?

RI: Oui.

Q: Il y a une critique qui se répand et qui prend de l'ampleur au sujet de la WADA et ses procédures de test et les risques pour les athlètes qui n'ont rien à se reprocher? Pensez-vous qu'il y ait là matière à préoccupation et croyez-vous qu'il y ait une inégalité de traitement selon les pays et les laboratoires lorsqu'il s'agit des procédures des contrôles antidopage tout au long de la chaîne?

RI: Cette question est à poser à la WADA.

Q: Quelle grande leçon retenez-vous de l'affaire Thorpe?

RI: Ce cas a conforté auprès de l'ASADA l'importance de prendre tout le temps nécessaire pour prendre la décision la plus éclairée pour être juste envers l'athlète.

SwimNews remercie Richard Ings pour le temps et les efforts qu'il a consacrés pour répondre aux questions qu'il a estimé être de son ressort.

Titre original: The Ings And Outs Of The Thorpe Case


Auteur: Craig Lord